Bruxelles, 10 décembre 2013 : remise des signatures de la pétition « Défendre le droit au territoire des peuples indigènes et des communautés traditionnelles » à l’Ambassade du Brésil

A Bruxelles, en ce 10 décembre 2013, après une marche animée avec pancartes, maracas et sifflets de la Maison de la Paix à l’ambassade du Brésil, trois représentants de FIAN Belgium ont rencontré le ministre-conseiller de l’Ambassade du Brésil à Bruxelles, M. Luciano Helmold Macieira et le chef du secteur de Science et Technologie, M. Hilton Catanzaro Guimarães pour leur remettre la pétition (lancée par FIAN International en novembre) adressée à la présidente Dilma Rousseff ainsi qu’une copie des signatures.
Les représentants de FIAN ont présenté leurs inquiétudes relatives aux projets de loi et d’amendement à la Constitution qui font craindre une paralysie définitive des processus de démarcation de terres indiennes et rappelé notamment l’article 231 de la Constitution brésilienne.

Constitution du Brésil - Article 231 : Sont reconnus aux Indiens leur organisation sociale, leurs coutumes, leurs langues, leurs croyances et leurs traditions ainsi que leurs droits originels sur les terres qu’ils occupent traditionnellement, et il appartient à l’Union de les délimiter, protéger et faire respecter tous leurs biens.

En réponse aux préoccupations relatives aux violations de droits humains présentées par FIAN Belgium, M. Luciano Helmold Macieira a donné la parole à M. Hilton Catanzaro Guimarães qui a souligné
- qu’il est important de « ne pas prendre à la lettre » la demande des Indiens de reprendre leurs territoires ancestraux car tout le Brésil était à eux avant la conquête. Il faudrait alors leur accorder l’Amérique latine entière comme territoire propre ;
- que le gouvernement s’est engagé à réserver des terres, ce qu’il a déjà fait en réservant 10% du territoire aux Indiens ;
- qu’ils ont droit à leur territoire ;
- que les Indiens n’ont pas le droit à l’autodétermination, que le gouvernement n’est pas en mesure d’accepter cela et qu’il ne l’acceptera jamais ;
- qu’il est sensible aux revendications mais qu’un Etat comme le Brésil a de nombreuses considérations à prendre en compte, de sorte qu’il faut trouver un équilibre.

Et puis il a dérapé : « Un Indien vrai, sauvage, se nourrit par la chasse, la pêche, le prélèvement de produits naturels ». Plus tard, il trahira encore son discours politiquement correct en ajoutant : « Un vrai Indien n’a pas de montre. Il connaît l’heure en regardant le soleil. »

En entendant les poncifs formulés par M. Hilton Catanzaro Guimarães, M. Luciano Helmold Macieira a vite repris la parole pour revenir à la politique. Il a souligné
- que la Constitution met en avant la défense de la dignité, du droit à l’alimentation et du droit à la vie ;
- qu’on ne peut pas mettre en doute les engagements de l’Etat brésilien avec les politiques sociales ;
- que les Indiens sont le Brésil aussi ;
- que l’intérêt du pays est de garantir les Droits de toutes les populations, qu’elles soient indiennes, noires, pauvres et qu’on ne peut pas seulement s’intéresser aux populations indigènes ;
- que le Brésil connaît un problème de pauvreté ;
- qu’il faut garantir des conditions de vie dignes pour toute la population ;
- que le Brésil a un système juridique qui fonctionne, un parlement qui travaille en totale transparence, où toutes les voix sont entendues ;
- que les mécanismes fonctionnent mais qu’ils ne sont pas parfaits ;
- que la procédure de démarcation des terres indigènes est un processus qui prend du temps et qui ne se fait pas d’un seul coup.

CONCLUSIONS

FIAN Belgium a rappelé que  :
- Si la pétition exige le respect des populations indigènes c’est parce qu’elles constituent un des groupes les plus vulnérables d’un point de vue des droits humains ;
- L’État du Brésil a des obligations en la matière et doit respecter sa propre législation nationale ainsi que le droit international de protection des droits de l’Homme.

Les représentants de l’Ambassade du Brésil se sont engagés à :
- relayer vers le gouvernement brésilien les préoccupations exprimées ;
- envoyer à la présidente Dilma Rousseff et au Ministre de la Justice le dossier sur la pétition.

Suites de la Pétition : Bonne nouvelle pour les Quilombolas
Le Tribunal fédéral régional 4 a déclaré que le décret présidentiel 4887/2003 (dont il est fait mention dans la pétition à Dilma Rousseff) n’est pas anticonstitutionnel et que le processus d’octroi de titres de propriété à la communauté Paiol de telha pourra continuer. Cette décision pourrait avoir un impact positif sur les décisions concernant 144 autres communautés quilombolas. Pour plus d’infos, voir l’article ici.

Marie Teller, bénévole Groupe local Welkenraedt

Échos de la mobilisation : l’action, petite sœur de la revendication...

Le cas des Indiens Guaranis-Kaiowa est suivi de près par FIAN Belgium et en particulier par le Groupe Local de Welkenraedt qui y travaille depuis déjà quelques années.

La pétition lancée par FIAN International et relayée par toutes les sections nationales était donc pour nous l’occasion une fois de plus de « marquer le coup » afin de rendre visible la situation intolérable dans laquelle sont plongés les Indiens Guaranis et, au-delà, l’ensemble des communautés indigènes du Brésil.
Quelle meilleure date choisir que le 10 décembre, journée internationale des droits de l’Homme pour alerter sur les violations quotidiennes des droits de ces hommes et ces femmes qui ne prétendent à rien de plus qu’un bout de terre sur lequel vivre dignement.

Au delà de la volonté de renforcer nos revendications au gouvernement brésilien en leur donnant une visibilité dans l’espace public, cette action de mobilisation a été l’occasion de nous rappeler qu’il suffit d’un peu d’utopie et d’une bonne dose de motivation pour se mobiliser au nom d’une cause à laquelle nous croyons. Depuis sa création, FIAN fait montre d’un esprit de militantisme dans la défense des droits humains et, malgré les défis que cela pose parfois, il me semble important de conserver cet esprit et cette volonté de changement qui anime notre organisation.
Nous étions quelques dizaines seulement devant l’ambassade du Brésil en ce 10 du mois de décembre mais nous étions tous réunis dans un même but. Les petits ruisseaux feront les grandes rivières et être peu nombreux n’empêchera jamais de faire du bruit ni de revendiquer. Il est essentiel de se rassembler autour de ce qui nous anime, nous indigne ou nous révolte. C’est de cette manière que nous pourrons renforcer nos revendications et faire échos... toujours un peu plus, toujours plus fort !

Dans l’attente de vous rencontrer sous les calicots,
Activement vôtre,

Manon Vanbrabant, formatrice-animatrice, FIAN Belgium

Retrouvez toutes les photos de notre action ici