Ce 17 avril, on avait la patate !

Ce 17 avril, plusieurs centaines de personnes et 68 associations étaient réunies à Haren et dans le reste de la Belgique, à l’occasion de la journée mondiale des luttes paysannes. Sous l’appel « Pas de terre sans paysans, pas de paysans sans terre », cette mobilisation avait pour but de revendiquer un accès à la terre pour les paysans, au Nord comme au Sud.

Depuis 18 ans, le 17 avril est la journée mondiale des luttes paysannes. Cette date commémore en effet le souvenir des dix-neuf paysans brésiliens, assassinés en 1996 par des tueurs à la solde de grands propriétaires terriens. Ce crime n’est pas un cas isolé. Chaque jour, les paysans du monde entier - c’est à dire la moitié de la population mondiale - doivent lutter pour exercer leur métier : nourrir le monde et préserver l’environnement.

La Belgique n’est pas épargnée. Chez nous, c’est en moyenne 41 fermes qui disparaissent chaque semaine. En 50 ans, c’est plus de trois quarts des fermes belges qui ont ainsi disparu ! A cet égard, le choix du village d’Haren pour accueillir notre action présente une symbolique forte.

Haren est l’une des dernières zones en Région Bruxelloise où se trouvent encore des terres agricoles cultivables. Ces terres font l’objet d’appétits immobiliers en tout genre et les Harenois, qui ont vécu pendant longtemps de la culture du chicon, sont aujourd’hui envahis par de nombreuses et vastes infrastructures (sièges de l’OTAN et d’Eurocontrol, ateliers d’Infrabel, bâtiments de la STIB, grands axes routiers qui bordent le village). En outre, ils verront prochainement s’implanter une méga prison à proximité du centre du village. Cette construction aura pour effet d’accroitre l’isolement et l’étranglement de ce village de 4500 habitants et privera les villageois de 18 hectares de terres parfaitement cultivables. Cette situation illustre parfaitement l’absence de vision dans la gestion des terres nourricières.

C’est donc sous un magnifique soleil que nous avons commencé cette journée. Le rendez-vous était fixé devant la gare centrale pour les plus courageux qui souhaitaient se rendre à Haren en vélo. Entre les sonnettes des cyclistes motivés et la fanfare qui les accompagnait, pas de doute, l’ambiance était assurée. A leur arrivée vers 14h à Haren, ils ont pu prendre part aux nombreuses animations organisées : stands d’infos sur les thématiques de l’accès à la terre , projection de documentaires, échanges lors d’un atelier animé par FIAN et Terre-en-Vue. Des animations pour enfants, un marché fermier et un repas végétarien étaient également prévus. Une conférence de presse s’est tenue en amont de ce qui constituait le point d’orgue de cette journée : la plantation des patates !

Plusieurs centaines de patatistes, armés de pelles, bêches et autres outils, sans oublier les seaux et brouettes remplis de patates, se sont ainsi dirigés vers les terrains préalablement labourés. C’est au son de la samba et de slogans réclamant un accès à la terre pour les paysans et protestant contre la bétonisation de Haren, que petits et grands ont planté les fameuses patates. Les joyeux planteurs se sont répartis sur deux champs : le premier était mis à disposition par un paysan, le deuxième est celui destiné à la construction de la prison. En plantant ces 300 kg de patates, notamment sur le terrain de la future prison et en désobéissant ainsi aux autorités [1], nous souhaitions questionner l’urbanisation spéculative et l’utilisation des terres à des vocations répressives.

Mais notre action se voulait avant tout festive et constructive. Après la plantation, c’est donc fatigués mais heureux que nous avons regagné le centre culturel pour un repas bien mérité ! Une fois rassasiés, l’occasion nous était donnée de participer à un forum populaire concernant les suites à donner à cette action : comment entretenir et élargir le mouvement, organiser le suivi des plantations et la récolte,… Finalement, la soirée s’est terminée dans la bonne humeur et la tête pleine de projets, autour d’un verre pour les uns, en participant au bal folk pour les autres.

En résumé, nous avons constaté avec satisfaction que l’énergie collective dégagée à l’occasion de cette journée a permis de créer des synergies et de renforcer les liens entre les nombreuses initiatives existantes, le tout sous le symbole commun de la patate. Une belle mobilisation en somme, mais ce n’est qu’un début. Ce 17 avril, marquera la naissance d’un mouvement pour la souveraineté alimentaire en Belgique, qui sera amené à se développer à plus long terme et que chacun peut rejoindre au sein des nombreuses initiatives citoyennes en faveur d’un autre modèle agricole et alimentaire. Le mouvement des patatistes est en marche, rejoignez-nous !

Les prochaines dates à retenir sont le 23 mai pour le désherbage et l’entretien des patates ; le 3 juin pour soutien aux patatistes jugés à Gand et le 21 juin pour un grand pique-nique festif à Haren sur le champ de patates. Plus d’infos ici.


Notes

[1Plusieurs demandes ont été envoyées quelques mois avant l’évènement afin d’obtenir une autorisation pour planter les patates sur le terrain de la prison. Malgré tous nos efforts, nous avons malheureusement essuyé le refus d’autorisation officielle de la Régie des Bâtiments au niveau Fédéral. Cependant, toutes les autorisations nécessaires ont été réunies pour le reste des activités.