17 février 2013

Encore deux paysans assassinés au Bajo Aguán !

Tegucigalpa MDC, 17 février 2013 - Santos Jacobo Cartagena (42 ans), membre de la coopérative paysanne San Esteban du Mouvement Uni des Paysans de l’Aguan (MUCA), a été tué par balles le 16 février à environ une heure de l’après-midi par des individus en voiture alors qu’il attendait tranquillement le bus pour Tocoa à l’intersection des routes reliant Sinaloa à la communauté de La Confianza où il habitait.

Le même jour à 18h30, José Trejo Cabrera (58 ans) a été abattu à Tocoa par un motard (qui utilisait une arme avec silencieux, selon des témoignages encore non confirmés) dans le quartier Manga Seca, proche de San Isidro, juste à côté du bureau de la coopérative du même nom. Trejo Cabrera était membre de cette coopérative affiliée au Mouvement Revendicateur Authentique de l’Aguán (MARCA).

Son frère, l’avocat Antonio Trejo Cabrera, avait été assassiné en septembre 2012, quelques mois après avoir obtenu que les tribunaux de justice reconnaissent comme véritables propriétaires des biens des coopératives San Isidro, El Despertar et la Trinidad, les paysans qui avaient reçu des terres pendant le processus de colonisation du Bajo Aguán initié pendant les années 70. Auparavant, ces biens étaient entre les mains des propriétaires terriens Miguel Facussé et René Morales, suite à des négociations retorses.

L’avocat Trejo Cabrera avait acquis une grande notoriété grâce à son travail remarquable pour la défense des paysans. Aussi l’ambassadrice des Etats-Unis au Honduras, Lisa Kubiske, condamna-t-elle ce crime contre “un avocat très respecté qui a travaillé pour la résolution des conflits fonciers dans le Bajo Aguán, en recourant toujours aux outils juridiques et en accord avec l’Etat de droit” [1].

La diplomate s’est faite l’écho de “la récente déclaration du Département d’État des Etats-Unis, où nous avons exprimé notre préoccupation concernant les niveaux élevés d’impunité au Honduras et où nous avons demandé que soit réalisée rapidement une investigation exhaustive de ce crime.” [2]

L’organisation Human Rights Watch a également demandé qu’“une enquête opportune, exhaustive et impartiale” soit menée “sans délai afin de traduire en justice les responsables de l’homicide de Trejo.”

Bien que ces demandes se soient ajoutées à celles formulées par de nombreuses organisations du Honduras et d’autres parties du monde, jusqu’à présent les organismes étatiques en charge de l’enquête n’ont rapporté aucun résultat.

Chez les Honduriens grandit le sentiment d’être sans défense dans un pays où les morts dues à la violence ne cessent d’augmenter. En 2011, les observatoires nationaux et internationaux estimaient que leur nombre était de 86.5 pour 100 000 habitants, un nombre largement supérieur à la moyenne mondiale de 8,8 établie par l’OMS en l’an 2000. Cela fait du Honduras le pays le plus violent au monde.

Et la région du Bajo Aguan est l’une des régions les plus violentes. Selon les registres des organisations de droits de l’Homme, des dizaines de personnes ont été victimes de morts violentes durant les trois dernières années. Il faut aussi mentionner les séquestrations, les tortures et les viols.

Malgré un contexte défavorable pour réduire de tels niveaux de violence, nous persistons dans la recherche de la solidarité des institutions et organisations dédiées à la défense des droits humains afin de faire cause commune dans cette lutte contre la criminalité et l’impunité dont souffre le peuple hondurien.

Giberto Rios
FIAN Internatinal
Sectie Honduras

[1] http://www.elheraldo.hn/Secciones-Principales/Sucesos/EE-UU-condena-crimen-de-abogado-Trejo
[2] Ibid