2 mars 2012

FIAN et Via campesina exigent une plus grande reconnaissance du droit des paysans

Déclaration de FIAN international et de La Via campesina lors de la 8e session du Comité consultatif du conseil des droits de l’Homme des Nations Unies.

Cher Monsieur le Président/Madame la Présidente,

La Via Campesina, le Mouvement Paysan International, avec FIAN international, voudraient complimenter le Comité consultatif pour son étude finale sur l’avancement des droits des paysans et autres travailleurs ruraux.

L’accès assuré et le contrôle sur la terre et les ressources productives sont étroitement liés à la jouissance des droits énoncés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ainsi que dans plusieurs traités régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme. Ils incluent le droit à une alimentation suffisante, à l’autodétermination, à un niveau de vie décent, au logement, à la santé, à la culture, à la propriété et à la participation.

Nous constatons avec inquiétude que l’actuel phénomène d’accaparement des terres viole ces droits. De puissants investisseurs étrangers ont conclu des accords avec les États pour prendre possession ou contrôle des terres. Un grand nombre de ces accords concernent plus de 10 000 hectares et plusieurs concernent plus de 500 000 hectares. Ces terres sont très importantes pour la souveraineté alimentaire présente et future des pays où se trouvent les terres prisées. Le groupe d’experts de haut niveau du comité de la sécurité alimentaire mondiale de la FAO estime qu’entre 50 et 80 millions d’hectares dans les pays pauvres et en voie de développement ont été négociés, acquis ou loués par des investisseurs étrangers. Toutes les études qui ont examiné l’impact de cette ruée sur la terre convergent sur le fait que les transactions de terres à grande échelle menacent la sécurité alimentaire, compromettent la subsistance et détruit l’environnement de la population locale.

Lors d’une conférence internationale dans le village de Nyeleni au Mali en novembre 2011, nous avons réitéré l’Appel de Dakar signé par plus de 900 organisations dans le monde. Il engageait à résister à l’accaparement de terre par tous les moyens possibles pour soutenir ceux qui luttent contre et pour faire pression sur les institutions nationales et internationales pour qu’elles s’acquittent de leurs obligations d’assurer et de faire respecter les droits des peuples.

L’étude finale du Comité consultatif a joué un rôle important en abordant le problème d’accaparement de terre. Il a aussi joué un rôle important dans la réduction des discriminations envers les paysans, particulièrement les femmes, concernant l’accès et le contrôle sur les ressources productives telles que la terre, l’eau et les graines.

Nous prions instamment la communauté internationale, notamment les agences de développement et les Nations Unies, à changer significativement d’orientation politique pour une intégration complète des droits des paysans et autres travailleurs ruraux. Ce changement de politique inclut les politiques qui mettent la priorité sur les besoins des personnes travaillant en zone rurale les plus vulnérables. Cela inclut aussi des améliorations dans la mise en œuvre des instruments existants concernant les droits de l’Homme qui protègent les droits des paysans et autres travailleurs ruraux. Nous pensons que les instruments sont clairement insuffisants pour assurer la protection de nos droits.

Les violations de nos droits à la terre ne font qu’augmenter et la faim est encore présente, surtout dans les milieux ruraux. Ce sont les raisons principales pour lesquelles nous avons besoin d’une plus ample reconnaissance et protection des droits des paysans et autres travailleurs ruraux. Ainsi la création d’un nouveau mécanisme pour assurer les droits humains internationaux pour les paysans et autres travailleurs ruraux est crucial pour surmonter le problème.

L’appauvrissement croissant et la marginalisation des paysans et des autres travailleurs ruraux, de plusieurs manières, a contribué significativement à la dégradation de la situation alimentaire actuelle. Les paysans et autres travailleurs ruraux doivent être au cœur des efforts visant à combattre la discrimination dans l’exercice du droit à l’alimentation. Si les droits de l’Homme doivent prévaloir, la communauté internationale a besoin de courage et doit agir maintenant pour accroître la protection des droits de l’Homme des paysans et des autres travailleurs ruraux.

Vous remerciant, Monsieur/Madame le/la Président(e)

Présentée par Javier Sachez Anso, membre du Comité de coordination internationale de la Via Campesina.