Guatèmala - On a tiré sur une dirigeante communautaire. Il faut suspendre les activités de la mine Marlín.

Début de l’action : 15-07-2010 / Fin de l’action : 31-08-2010

Le 7 juillet dernier, deux inconnus ont tiré sur Madame Diodora Hernández Cinto, dirigeante communautaire du mouvement opposé à la mine Marlín. Le 20 mai 2010, la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) avait ordonné des mesures de précaution en faveur de la vie et de l’intégrité personnelle des membres des communautés et ordonné la suspension des activités de la mine Marlín qui appartient à l’entreprise canadienne Goldcorp Inc. Le 23 juin, le gouvernement du Guatemala avait déclaré qu’il allait tenir compte des mesures ordonnées par la CIDH. Pourtant la violence à l’encontre des communautés n’a pas cessé. L’entreprise a déclaré qu’elle ne va pas céder. Les semaines passent et le gouvernement n’a toujours pas respecté sa promesse.

Proposition d’action

Pour qu’une enquête soit menée sur ce crime et que soient respectées les mesures édictées par la CIDH dont la suspension des activités minières de la mine Marlín, il faut écrire d’urgence au Président du Guatemala et envoyer une copie de votre courrier à la Commission présidentielle des Droits de l’Homme et à la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme. Manifestez-lui votre préoccupation et réclamez l’application rapide de la mesure de précaution, pour protéger les droits à la vie, à l’alimentation et à l’eau des communautés indigènes touchées.

Contexte

Le 7 juillet, à 19 heures trente, deux inconnus sont entrés chez Madame Diodora Hernández Cinto, au lieu-dit San José Nueva Esperanza du hameau Maquivil, commune de San Miguel Ixtahuacán. Ils lui ont tiré dans l’œil droit ce qui provoqué une forte hémorragie. Elle a été conduite à l’hôpital et opérée le 11 juillet. Son état est stable, mais l’on ne connaît pas encore toutes les conséquences de cet attentat.

Le 20 mai 2010, la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) a ordonné des mesures de précaution en faveur de 18 communautés Maya Mam qui avaient porté plainte auprès de cette Commission en 2007. Ces communautés dénonçaient les violations des droits humains engendrées par les activités minières de l’entreprise Montana Exploradora, filiale de la compagnie canadienne Goldcorp Inc. dans les communes de San Miguel Ixtahuacán et de Sipakapa (département de San Marcos). La CIDH avait ordonné au gouvernement guatémaltèque de prendre cinq mesures de précaution pour protéger la population locale jusqu’à la finalisation de l’examen de la demande des 18 communautés. En plus de la suspension des activités minières, les communautés demandaient de dépolluer les sources d’eau, de s’occuper des problèmes de santé, de prendre des mesures pour garantir la vie et des mesures de protection pour les représentant/e/s des communautés.

L’Etat guatémaltèque a ratifié la Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur les droits des peuples indigènes ce qui signifie qu’il reconnaît que tout projet qui affecte la vie et le territoire des communautés indigènes doit compter sur le consentement libre et informé de celles-ci. Pourtant, l’Etat guatémaltèque n’a pas reconnu les consultations communautaires qui ont jusqu’à présent eu lieu au Guatemala et qui révèlent l’opposition quasi unanime de la population indigène aux projets de mine à ciel ouvert. Lors d’une consultation communautaire le 18 juin 2005, 97% des habitants de Sipakapa avaient rejeté le projet Marlín. En 2010, le Rapporteur spécial des Nations Unies pour les peuples indigènes, James Anaya et le Comité d’experts de l’OIT avaient souligné que le gouvernement avait donné le permis d’exploiter la mine Marlin sans le consentement libre, préalable et informé des communautés indigènes touchées.

Dans le cas du projet Marlín, il y a des indices évidents de l’impact négatif de la mine sur le droit à l’eau, à l’alimentation et à la santé. Cela se manifeste par la pollution de l’eau utilisée par les communautés et par la consommation excessive d’eau par la mine (45 000 litres d’eau par heure selon des chiffres fournis par l’entreprise). Des études de suivi menées par la Commission Paix et Ecologie du diocèse de San Marcos indiquent que l’eau des fleuves est polluée par des métaux lourds. Une étude récemment publiée par l’Université du Michigan indique que dans les prises de sang et d’urine d’un groupe d’habitants des zones les plus proches de la mine, on a trouvé des métaux toxiques, ce qui représente un danger pour la santé des habitants et l’environnement.

Les conflits sociaux et la violence ont surgi dès le début du projet Marlín. On a constaté de nombreuses attaques et actes d’intimidation à l’encontre des défenseurs des droits humains, des représentants des communautés, des enquêteurs et des personnes liées à l’Eglise qui ont manifesté leur opposition au projet Marlín. Des poursuites sont actuellement engagées contre 8 femmes et 5 hommes, ce que des organisations internationales des droits humains considèrent comme des mesures de criminalisation de la protestation sociale.

Mandat de FIAN

Le Guatemala est un Etat partie au Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels, au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques et à la Convention 169 de l’OIT sur les droits des peuples indigènes. Dans le cas du projet Marlín, on a enregistré des actes de violence, des attaques et des intimidations à l’encontre de personnes opposées au projet Marlín. L’impact négatif sur le droit à l’eau, à l’alimentation et à la santé des communautés environnantes est en premier lieu dû à la pollution des eaux utilisées par les communautés et par l’utilisation excessive d’eau par la mine ce qui entraîne une pénurie d’eau pour les communautés. La violation des droits des peuples indigènes est fondée sur le non respect de l’opinion des populations qui s’opposent à la mine et sur l’absence totale de considération du principe de consentement libre, préalable et informé des communautés en relation avec le projet.

Adresses

Señor Álvaro Colom CaballerosPresidente de la República de Guatemala
Casa Presidencial, 6ª Avenida, 4-18 zona 1
Ciudad de Guatemala, Guatemala
cbarrientos@presidencia.gob.gt
Fax : 00502-2221-4423 ; 00502-2238-3579

Señora Ruth del Valle CóbarPresidenta de la Comisión Presidencial de Derechos Humanos
COPREDEH, 2ª Avda. 10-50, Zona 9,
Ciudad de Guatemala, Guatemala
judith_abadia@copredeh.gob.gt
Fax : 00502-2334-0119

Señor Dr. Santiago A. CantónSecretario Ejecutivo
Comisión Interamericana de Derechos Humanos
1889 F Street, N.W.
Washington, D.C., 20006
U.S.A.
scanton@oas.org
Fax : 001-202-458-3992, 001 – 202-458-3650, 001 – 202-452-6215

Fin de l’action : 31 août 2010

Merci d’informer FIAN de toute réponse reçue !

Traduction de la lettre proposée (en espagnol - en pièce-jointe)

Monsieur le Président,

Par ce courrier je voudrais vous manifester ma préoccupation pour le droit à la vie, le droit à l’eau, le droit à l’alimentation, le droit à la santé et le droit à être préalablement consulté des communautés indigènes touchées par la mine Marlin, située sur les communes de San Miguel Ixtahuacán et de Sipacapa, département de San Marcos.

Le 7 juillet, deux hommes ont tiré sur Madame Diodora Antonia Hernández Cinto chez elle à San Miguel Ixtahuacán. Elle est connue pour sa participation à la défense des droits humains auprès de l’entreprise Montana Exploradora/ Goldcorp Inc. dans le cadre des opérations minières de la mine Marlin.

Pour ce qui concerne les mesures de précaution décidées le 20 mai 2010 par la Commission Interaméricaine des Droits de l’homme par rapport à ce cas (MC-260-07), je salue, Monsieur le Président la décision que vous avez prise le 23 juin 2010 de respecter ces mesures.

Etant donné que le Guatemala est Etat Partie à la Convention interaméricaine des Droits de l’Homme, au Protocole de San Salvador, au Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels, au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques ainsi qu’à la Convention 160 de l’OIT, votre gouvernement a l’obligation de respecter les mesures de précaution prises par la CIDH, de respecter, protéger et garantir le droit à la vie, à l’eau, à l’alimentation et à la santé et de respecter les droits des peuples indigènes, en particulier le principe de leur consentement libre et informé de tout projet qui affecte leur vie et leur territoire.

Je soutiens donc la demande des communautés touchées qui réclament d’activer la mise en place des mesures de précaution décidées. Je vous demande en particulier de prendre les mesures qui s’imposent pour :

  • Enquêter sur l’assassinat de Madame Diodora Hernández et prendre des mesures pour protéger les défenseurs des droits de l’Homme à San Miguel Ixtahuacán et à Sipacapa.
  • Suspendre l’exploitation minière du projet Marlin I et les autres activités liées à la concession octroyée à l’entreprise Goldcorp/Montana Exploradora de Guatemala S.A., et prendre des mesures effectives pour empêcher la pollution de l’environnement, jusqu’à ce que la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme décide de l’opportunité de la demande associée à la réclamation de mesures de précaution.
  • Dépolluer les sources d’eau des dix-huit communautés concernées et assurer l’accès des habitants à une eau propre à la consommation humaine.
  • Prendre en charge les problèmes de santé qui sont en lien avec les mesures de précaution, et, notamment, mettre sur pied pour les bénéficiaires un programme de soins et d’assistance afin de pouvoir identifier les personnes qui auraient pu être touchées par la pollution et leur fournir l’aide médicale adéquate.
  • Garantir la vie et l’intégrité physique des membres des dix-huit communautés mayas.
  • Planifier et mettre en place les mesures de protection avec la participation des bénéficiaires et/ ou de leurs représentants.

Salutations distinguées,

Pour lire l’action urgente en anglais et en espagnol, cliquez ici

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Action urgente Guatemala 2010