Note d’analyse

La Banque mondiale et le foncier

Le cas du Honduras

Cette note d’analyse examine le rôle de la Banque mondiale dans la définition des politiques foncières en prenant l’exemple du Honduras.

Synopsis
Face à la crise alimentaire en 2007/2008 et au constat que dans les pays du sud la pauvreté est un phénomène avant tout rural touchant les paysans eux-mêmes, l’agriculture est revenue au centre des préoccupations de la Banque mondiale, qui lui a consacré son rapport sur le développement 2008. Elle affirme désormais défendre les intérêts des paysans, (The Oakland Institute 2014 : 4) reconnaissant – enfin ! - l’importance de l’agriculture familiale dans la lutte contre la faim et la réduction durable de la pauvreté en milieu rural. Au Honduras comme dans nombre d’autres pays du sud, elle commence à financer des programmes pour l’accès à la terre.

En 2014, un scandale éclate autour du financement accordé par la Banque mondiale à la Corporation Dinant, l’un des groupes agroindustriels les plus puissants du Honduras. Le « dossier Dinant » fait le tour des médias et provoque un tollé dans la société civile. En effet, à travers celui-ci, la Banque mondiale met le pied dans l’un des dossiers les plus épineux du pays, emblématique de la situation de violence chronique, de l’immobilisme juridique et de l’impunité qui caractérisent le pays : le directeur de Dinant, Miguel Facussé, est la figure centrale du conflit autour de la terre dans la vallée de l’Aguán, le plus important conflit des quinze dernières années en Amérique Centrale en termes de violence à l’encontre des communautés paysannes. Dans ce contexte, il est accusé à maintes reprises de graves violations des droits de l’Homme.

Mais au-delà de cette dimension conflictuelle, certes centrale dans ce dossier mais dont l’omission par la Banque mondiale pourrait par d’aucuns être qualifiée de « malheureux faux pas », ce financement interpelle. En effet, en soutenant Facussé, magnat de l’agrobusiness devenu grand propriétaire foncier et producteur de palme africaine par l’accaparement des terres les plus fertiles de la vallée, la Banque mondiale soutient directement un modèle de développement agricole qui ne laisse aucune place à l’agriculture familiale et est en totale opposition avec les intérêts des paysans dont elle se veut pourtant le défenseur. Comment comprendre ce paradoxe ?

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