22 mars 2013

Nos bijoux sont faits d’or et d’injustices ! Un orpailleur nous raconte lors de sa venue en Belgique du 27 mars au 3 avril...

Bruxelles, 22 mars 2013 – Près de 50% de la demande mondiale d’or est destinée au secteur bijoutier[1]. La production d’un anneau en or génère plus de 20 tonnes de déchets miniers et une mine d’or de taille moyenne utilise une quantité d’eau équivalente à celle nécessaire aux besoins de la population d’une grande ville américaine pendant un an.

Depuis 2009, l’implantation d’une mine d’extraction d’or au Burkina Faso par une multinationale canadienne a des impacts négatifs sur les droits fondamentaux des populations locales.

Talatou Boukari, père de famille et représentant d’une des 13 communautés affectées, nous raconte son histoire et celle de sa communauté, la voix remplie d’émotion et d’envie de justice : « C’est un de nos ancêtres qui a découvert l’or ici il y a bientôt 30 ans. Avant, la vie était belle ici. Nous vivions de l’orpaillage, de l’agriculture et de l’élevage. Aujourd’hui, nous avons été dépossédés de nos terres et de nos sources de revenus. L’entreprise et le gouvernement nous ont fait des promesses mais rien n’a suivi. Oui, ils nous ont reconstruit des maisons, mais…comment veulent-ils que l’on mange des maisons ? On a faim et on est fatigué ! Mais nous avons la force de continuer à revendiquer nos droits ! À nous faire entendre ! Pour récupérer nos terres et nos vies !  ». Du 20 mars au 3 avril 2013, Talatou Boukari, est en Europe pour témoigner et faire entendre la voix des siens.

Essakane – Quelques chiffres :

  • 13 communautés déplacées
  • Un total de 11 563 personnes affectées directement
  • Profit net déclaré en 2011 par la multinationale : 806,7 millions de dollars
  • Dédommagement moyen octroyé à chaque famille pour le champ qu’elle cultivait pour faire vivre sa famille : forfait de 750€ et une terre peu productive
  • Une nouvelle expansion de la mine est prévue pour 2013

Bien que depuis des années, les milliers de personnes affectées par la venue de la mine vivent, au quotidien, injustices et violations de leurs droits les plus fondamentaux, aujourd’hui une lueur d’espoir est revenue. Depuis la dernière visite de FIAN en novembre 2012, le dialogue avec l’entreprise canadienne semble être reparti sur de bonnes bases. Certaines communautés ont retrouvé un accès durable à l’eau et des engagements (on l’espère) sérieux ont été pris[2].

L’entreprise écoute, le gouvernement se désintéresse !

Le droit international est on ne peut plus clair : l’Etat est le premier responsable des violations de droits humains dont souffrent ses citoyens. Pourtant, le gouvernement burkinabé ne semble s’intéresser qu’aux promesses de retombées économiques du marché aurifère. « Bien que les organisations internationales, telles que la Banque mondiale, aient poussé les Etats comme le Burkina Faso à ouvrir leurs portes aux investissements miniers, aujourd’hui, même elles font marche arrière. Ce secteur, potentiellement extrêmement négatif tant sur le plan environnemental que pour les droits Humains, est en plus principalement dédié à l’exportation et très peu créateur d’emplois au niveau national », explique Florence Kroff (coordinatrice de FIAN Belgium).

L’industrie minière aurifère – Quelques chiffres[3] :

  • Environ 50% de la demande mondiale d’or est utilisée par le secteur bijoutier
  • La production d’un anneau en or génère plus de 20 tonnes de déchets miniers
  • Du cyanure et d’autres substances chimiques toxiques et mortelles sont utilisés pour séparer l’or du reste de la roche. Une mine d’or de taille moyenne utilise plus de 1.900 tonnes de cyanure par an. Une dose de cyanure de la taille d’un grain de riz peut être mortelle pour l’homme
  • L’exploitation minière d’or utilise d’énormes quantités d’eau. Une mine d’or de taille moyenne utilise une quantité d’eau équivalente à celle nécessaire pour subvenir aux besoins de base en eau d’une population d’une grande ville américaine pendant un an
  • Les orpailleurs et mineurs à petite échelle représentent 10% de l’offre mondiale d’or mais 90% de la population active dans l’extraction de l’or.

« Prospérité sous terres » : une équipe de tournage s’est rendue sur place

Ronnie Ramirez, réalisateur du documentaire « Prospérité sous terre », témoigne : « Fidèle à la démarche de Zin TV nous sommes allés à la rencontre des communautés d’Essakane qui sont directement concernés par les effets de la mine qui s’est installée chez eux, afin de mesurer la température sociale. Cela implique passer du temps avec eux, ouvrir grand les oreilles et les yeux. Nous sommes partis sans préjugés et avec l’envie de découvrir les choses par nos propres yeux, mais la réalité est si criante de vérités qu’elle nous gifle par sa violence ».

Son documentaire réussi à ne pas tomber dans le piège du pamphlet : « Je n’ai pas à juger IAMGOLD, ils font ce que l’État leur permet de faire. D’ailleurs, les gens ne sont pas contre le fait qu’il y ait une mine d’or, ils veulent juste qu’avec les bénéfices de la mine, on puisse nourrir, éduquer et soigner chaque enfant du pays. Aux yeux des habitants c’est une opportunité de développement qui est en passe d’être loupé puisqu’ils ne voient pas de bénéfices sociaux immédiats. Ils se sentent bernés et la rancune auprès des communautés affectées grandit. Et la situation risque bien d’exploser. Car ce qui est violent, c’est le contraste entre la réalité à l’intérieur de la mine d’or et l’énorme précarité à l’extérieur. D’autant que la durée de vie d’IAMGOLD est estimée à 12 ans, sans compter les projets d’expansion. Les Canadiens partiront lorsqu’il ne restera plus d’or à exploiter, ce qui est logique. Donc, quelque part c’est maintenant ou jamais et la balle est dans le camp de l’État car c’est lui qui impose les règles du jeu. Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas allé au Burkina Faso pour réduire une réalité à un pamphlet politique. La réalité est complexe, j’essaye au mieux d’être juste ».

Le documentaire sera présenté à Bruxelles, à Amsterdam et à Stockholm, en « avant-avant-première » à l’occasion de la venue de Talatou Boukari (représentant des communautés affectées) en Europe.

En Belgique :

  • le mercredi 27 mars à 19h au Beau-Mur à Liège - Plus d’infos
  • le vendredi 29 mars à 19h au Pianofabriek à Bruxelles - Plus d’infos
  • le lundi 1er avril à 15h30 au Triangel à Saint-Vith - Plus d’infos

Possibilité de rencontrer et d’interviewer Talatou Boukari à l’occasion de ces projections ou sur rendez-vous.

Pour plus d’infos sur la situation des communautés d’Essakane, veuillez consulter le Résumé de cas de FIAN Belgium

Pour plus d’infos sur le documentaire et le réalisateur, veuillez consulter le dossier de presse de Zin TV

Contact presse : Florence Kroff – florence(@)fian.be – +32 475 84 56 24

Téléchargez le communiqué en pdf :

PDF - 201.1 ko

[1] Pour plus d’informations sur le secteur aurifère et l’évolution de la demande en or, voir : http://www.gold.org/investment/research/regular_reports/gold_demand_trends/

[2] Pour plus d’informations sur la situation des communautés d’Essakane, veuillez consultez le Résumé de cas de FIAN Belgium : http://www.fian.be/infotheque/publications/article/resume-de-cas-essakane-burkina

[3] Sources : http://www.nodirtygold.org/home.cfm et http://www.fairgold.org/