31 mai 2017
Action publique lors de l’Assemblée générale de SOCFIN

SOCFIN continue de piétiner les droits des communautés locales

Luxembourg, 31 mai 2017 - Pour la troisième année consécutive, des citoyens et des militants de diverses associations belges, françaises et luxembourgeoises ont mené une action publique lors de l’Assemblée générale des actionnaires du groupe agro-industriel SOCFIN. L’action publique a mis en scène le piétinement des droits des communautés locales par l’entreprise et les stratégies d’intimidation des journalistes et défenseurs des communautés.

SOCFIN késako ?
SOCFIN est un groupe agro-industriel multinational spécialisé dans la culture de palmiers à huile et d’hévéa (caoutchouc). SOCFIN est contrôlée par l’homme d’affaire belge Hubert Fabri (54,2% des parts) et par le français Vincent Bolloré (39% des parts). Depuis plusieurs années, SOCFIN poursuit l’expansion de ses plantations dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. Au total, SOCFIN contrôle plus de 400.000 ha de terres (soit plus de 154% du territoire du Luxembourg où elle tient son Assemblée générale) et ses plantations sont passées de 129.658 ha à 186.767ha ha entre 2009 et 2016, soit une augmentation de plus de 40 %.

Les droits des communautés piétinés
Les accaparements de terre de SOCFIN s’effectuent au détriment des petits paysans et s’accompagnent de violations des droits des communautés locales, de conflits fonciers, de risques de déforestation, de pollutions, de pauvres conditions de travail, etc. Ces impacts ont été largement documentés dans de nombreux rapports d’ONG et de journalistes.

Alliance internationale des communautés

Face aux abus de l’entreprise, les communautés locales se sont organisées au niveau national et international. Dès 2013, une « Alliance internationale des riverains des plantations SOCFIN/Bolloré » a été mise sur pied. A plusieurs reprises l’Alliance a fait valoir les droits des communautés et a présenté ses revendications au groupe SOCFIN/Bolloré en vue d’une résolution pacifique des conflits, sans réel succès à ce jour. Loin d’accepter un dialogue constructif, les dirigeants de SOCFIN se contentent de déclarer que « la référence à de tels conflits sociaux relève du fantasme » et refusent de rencontrer les représentants des communautés, comme ce fut encore le cas lors de la visite d’un représentant de l’Alliance internationale à Bruxelles et Paris en mars 2017. Localement, les mobilisations non-violentes répétées des riverains ont permis d’arracher l’ouverture du dialogue dans quelques pays. Mais les progrès sont très lents et les avancées concrètes insignifiantes pour les paysans touchés, malgré la nouvelle « politique de gestion responsable » adoptée par le groupe en 2016.

Mobilisation citoyenne en Europe et revendications
Les citoyens et les associations sont venus une nouvelle fois manifester leur solidarité avec les luttes des communautés locales en rappelant :

  • aux dirigeants et actionnaires du groupe : l’urgence de résoudre les conflits sur le terrain ;
  • aux Etats (tant les Etats où SOCFIN gère ses activités que les Etats où se situent les plantations) : leur obligation d’encadrer les activités de l’entreprise et de protéger les droits des communautés ;
  • aux clients et partenaires financiers de l’entreprise : leur responsabilité de mettre fin aux abus de SOCFIN et de revoir leurs relations commerciales avec le groupe.

Signataires :

  • Mouvement d’Action Paysanne (MAP)
  • ReAct
  • CNCD-11.11.11
  • FIAN Belgium
  • SOS Faim
  • Entraide et Fraternité
  • AEFJN
  • FairFin
  • SCI
  • Oxfam-Solidarité
  • CADTM

Contact presse :
France : Bastien Roland, +33 7 63 07 89 75
Belgique et Luxembourg : Manuel Eggen, +32 478 93 37 47

Suite à la publication de ce communiqué, Socfin a demandé un droit de réponse.
Bien que n’étant tenu par aucune obligation légale, nous publions ce droit de réponse accompagné d’une réplique.

SOCFIN - Droit de réponse

La Socfin rejette les déclarations mensongères des ONG l’accusant de bafouer les droits de ses nombreuses populations riveraines. Ces accusations sont basées sur une déformation malveillante de la réalité ou, pire encore, sur de complètes affabulations.

Contrairement à ces accusations, la Socfin est constamment à l’écoute de ses riverains. Dans chaque pays, cela fait partie intégrante du mandat de ses dirigeants. De plus, et selon les circonstances, les riverains de nos plantations ont accès aux nombreux services sociaux mis à la disposition de nos employés, qu’il s’agisse d’écoles ou de soins dans nos hôpitaux.

Nos riverains ne se reconnaissent absolument pas dans cette ”alliance internationale” créée par ces ONG ; celle-ci est notamment composée d’opportunistes cyniques en quête de profits fonciers ou de repris de justice reconnus coupables et condamnés pour des dégradations commises dans nos plantations. Ce sont de tels individus qui suscitent les conflits en espérant y trouver leur intérêt.

Il n’y a pas, il n’y a jamais eu “d’accaparement de terres” par la Socfin. Nous nous élevons avec la plus grande fermeté contre cette allégation dénuée du moindre fondement. Nos plantations font partie de concessions régulièrement acquises dans le plus strict respect des lois de chacun des pays où nous opérons, en accord avec les populations et les édiles locaux, et en application des procédures relatives au Consentement Libre, Informé et Préalable.

Quant à l’accusation d’intimidation qui lui est faite, elle relève d’une dialectique tout aussi fallacieuse : il semble légitime que la Socfin souhaite rétablir la vérité face aux diffamations nuisibles à sa réputation.

L’ensemble des concessions de la Socfin représente moins d’un tiers de pourcent des surfaces des pays ou elle est établie, il est donc absurde de parler dans son cas de dangereuses déforestations. Qui plus est, la Socfin s’est engagée dans une politique ‘’zéro-déforestation’’ qui suit l’approche HCS promue par Greenpeace.

La Socfin rappelle qu’elle emploie plus de 35’000 personnes, le plus souvent dans des zones où elle est seul investisseur. En 2016, les investissements sociaux de notre société se sont élevés à plus de €18 mios. Ils ont notamment servis à la formation de 52’391 jeunes dans nos 283 écoles, et plus de 330’000 consulations ont été effectuées dans nos 108 dispensaires et hôpitaux.

Les équipes de la Socfin sont fières du travail accompli dans les plantations et de l’aide apportée aux populations locales ; elles veillent au développement harmonieux de leur société, indissociable de ces populations.

SOCFIN SA
Société financière des Caoutchoucs
4, Avenue Guillaume
1650 Luxembourg

Notre réponse à SOCFIN

Socfin continue de nier la réalité des conflits fonciers et sociaux causés par ses accaparements de terres. D’après Socfin nos accusations sont « basées sur une déformation malveillante de la réalité ou, pire encore, sur de complètes affabulations. (…) Il n’y a pas, il n’y a jamais eu “d’accaparement de terres” par la Socfin. Nous nous élevons avec la plus grande fermeté contre cette allégation dénuée du moindre fondement. »

Pour répondre à ces accusations, nous rappelons que l’accaparement des terres implique une prise de contrôle de vastes étendues de terres par des acteurs puissants (publics ou privés) aux dépens des populations locales [1] et nous invitons le lecteur à consulter l’importante documentation démontrant les impacts négatifs des opérations de Socfin sur les populations locales. Nous invitons par exemple le lecteur à consulter (une partie) de la documentation collectée par FIAN Belgium sur la situation en Sierra Leone. Ces informations croisent des données provenant de différentes sources : entretiens directs avec les populations locales, revue des documents légaux, rapports approfondis d’ONG nationales et internationales, recherches académiques, analyse juridique, articles de presse, etc.

Alors que Socfin nous envoyait son « droit de réponse » déclarant être fière « du travail accompli dans les plantations et de l’aide apportée aux populations locales », la presse rapportait qu’un nouveau conflit avait éclaté en Sierra Leone. Un ultimatum exigeant le départ du directeur de Socfin aurait été remis par un groupe représentant des jeunes de Malen (Malen Youth Development Union – MAYODA). Les représentants cités dans l’article invoquent « des abus infligés aux travailleurs de la plantation de palmier à huile et l’échec des promesses de développement. » Nous sommes inquiets de l’évolution de la situation dans les prochains jours.

Les déclarations de Socfin dénonçant les représentants des communautés (notamment ceux de l’alliance internationale) comme des « opportunistes cyniques » et des «  repris de justice » est insultante. Cette attitude est par ailleurs en contradiction avec les engagements de sa nouvelle politique de gestion responsable, dans laquelle elle s’engage à respecter les droits des communautés, ainsi qu’ «  à consulter et s’engager avec toutes les parties prenantes concernées (internes et externes) de manière proactive afin de travailler de manière constructive ».

Etant donné le manque de collaboration de Socfin, nous demandons aux Etats d’encadrer les activités de l’entreprise et de faire respecter les droits des communautés, et nous demandons aux clients et partenaires de Socfin de revoir leur relations commerciales.


Notes

[1Pour une définition plus détaillée de l’accaparement des terres, voir S.M Borras Jr et al., « Accaparement de terres et droits de l’homme : rôle des sociétés et des entités financières européennes dans l’accaparement de terres en dehors de l’Union européenne », Étude commandé par la sous-commission "Droits de l’homme" du Parlement européen, Bruxelles, 2016 : « Le phénomène contemporain d’accaparement de terres correspond aux prises de contrôle d’étendues de terres relativement vastes et de leurs ressources naturelles par divers mécanismes et sous diverses formes, prises de contrôle qui vont de pair avec des investissements massifs de capitaux qui souvent orientent l’exploitation des ressources vers l’extraction des richesses minérales, à des fins nationales ou internationales, ce qui correspond à une réponse du capital à la convergence des crises financières, énergétiques et alimentaires, aux impératifs d’atténuation du changement climatique, et à la demande de ressources provenant des nouveaux pôles d’accumulation globale de capitaux.