30 ans de lutte, organisons la résistance
À Bruxelles, Anderlecht, en province de Luxembourg et à Anvers, les Journées internationales des luttes paysannes ont rassemblé des centaines de paysan·nes, militant·es et citoyen·nes. Entre conférences, actions de rue, projections, rencontres et moments festifs, cette édition marquait les 30 ans du massacre d’Eldorado dos Carajás et réaffirmait une même conviction : face à l’agrobusiness et aux accords de libre-échange, les résistances paysannes s’organisent à l’échelle internationale.
17 avril à Bruxelles : 30 ans après Eldorado, une mémoire toujours vivante
La journée s’est ouverte par une conférence organisée au CNCD-11.11.11 autour de deux temps forts : un retour sur les 30 ans des Journées internationales des luttes paysannes et une réflexion collective sur les transformations nécessaires des systèmes alimentaires.
Le témoignage de Batista do Nascimento da Silva, présent lors du massacre d’Eldorado dos Carajás au Brésil le 17 avril 1996, a profondément marqué l’assemblée. Enfant au moment des faits, il a raconté la violence de la répression contre le Mouvement des Sans-Terre et expliqué comment cette tragédie a renforcé son engagement.
Les échanges ont mis en lumière les nombreux points communs entre les luttes paysannes en Europe et en Amérique latine. Malgré des contextes différents, les intervenant·es ont souligné un même adversaire : l’agrobusiness, qui fragilise les paysan·nes, accapare les terres et exerce une influence croissante sur les politiques agricoles.
Changer la recette du système alimentaire
Quatre grands chantiers ont structuré les débats :
- la politique agricole européenne ;
- la lutte contre la faim et la précarité alimentaire ;
- le commerce agricole international ;
- les politiques climatiques.
Face à l’accélération de l’accaparement des terres, à la montée des répressions et aux effets des accords de libre-échange, les participant·es ont plaidé pour une stratégie de mobilisation internationale et des alliances renforcées entre mouvements paysans.
Free Farmers, Stop Free Trade : une mobilisation dans le quartier européen
L’après-midi, près de 200 agriculteur·rices, militant·es et citoyen·nes ont parcouru le quartier européen lors d’une manifestation dénonçant les principaux acteurs qui profitent de l’accord UE-Mercosur.
Encadré par deux tracteurs, des chorales et l’Antifafarre, le cortège s’est arrêté devant plusieurs organisations et entreprises symbolisant l’influence des lobbies de l’agrobusiness, notamment Croplife, Bayer et DBI.
L’action s’est conclue devant le Parlement européen avec une mise en scène dénonçant les conséquences du traité UE-Mercosur. Des affiches et pochoirs ont également été installés pour rendre visibles les responsabilités des lobbies dans les politiques commerciales actuelles.
À cette occasion, Hugues Falys, porte-parole de la FUGEA, a rappelé que son syndicat refuse « un traité qui fait passer l’agriculture familiale en Europe et au Brésil sous le rouleau compresseur de l’agrobusiness », tout en réaffirmant la nécessité de renforcer les solidarités internationales.
Un ciné-débat sur les luttes laitières
La journée s’est poursuivie au cinéma Nova avec la projection du documentaire *Il a plu sur le Grand Paysage*, organisée dans le cadre de Nourrir Bruxelles.
Le film retrace les mobilisations d’éleveurs laitiers du Pays de Herve face à la libéralisation du secteur à partir de 2008. Les échanges avec le réalisateur Jean-Jacques Andrien et l’éleveur Luc Hollands ont permis de faire le lien avec la crise actuelle du lait, marquée par des prix largement inférieurs aux coûts de production.
18 avril à Anderlecht : cultiver les luttes, récolter des victoires
Le lendemain, l’espace test agricole Graines de Paysans a accueilli une journée de rencontres et d’échanges entre mouvements paysans internationaux.
Aux côtés de Batista et d’Églantine Berthet, l’activiste philippine Yesha Ramos et Damien, du RéSAP, ont partagé l’histoire de leurs mouvements, leurs victoires mais aussi les défis auxquels ils font face.
Malgré des réalités très différentes, un constat s’est imposé : les résistances ont un socle commun. Comme l’a résumé Yesha Ramos : « Sans terre, pas de nourriture ; sans nourriture, pas de liberté. »
Les discussions ont ensuite porté sur l’avenir des luttes paysannes et sur les stratégies d’organisation face à la montée des mouvements autoritaires.
Une plantation de patates comme symbole de transmission
La journée s’est conclue par une plantation collective de pommes de terre, devenue un rendez-vous incontournable des mobilisations du RéSAP.
Ce moment symbolique a été marqué par la transmission de terre venue du Brésil à une jeune paysanne bruxelloise, avant un repas partagé et une soirée festive.
Des mobilisations dans toute la Belgique
Les Journées internationales des luttes paysannes ont également donné lieu à plusieurs actions décentralisées.
En province de Luxembourg, l’équipe de La Petite Foire Paysanne a organisé une plantation de pommes de terre en traction animale afin d’affirmer son soutien à l’agroécologie paysanne et son opposition à l’accord UE-Mercosur.
À Anvers, une centaine de citoyen·nes et d’agriculteur·rices se sont rassemblés devant la Boerentoren pour dénoncer la flambée du prix des terres, l’absence de revenus équitables pour les producteurs et la disparition progressive des fermes en Belgique.
Une mémoire qui nourrit les luttes
Pour clôturer ces Journées internationales, Batista do Nascimento da Silva a partagé un poème dédié aux victimes du massacre d’Eldorado dos Carajás.
Trente ans après les événements, son texte rappelle que cette mémoire reste indissociable des combats actuels pour la terre, la souveraineté alimentaire et la justice sociale.
Plus qu’un hommage, il réaffirme que la lutte paysanne continue, partout où des femmes et des hommes défendent le droit à la terre, à une agriculture paysanne et à une alimentation digne.