16 novembre 2023
Publication | FIAN International

L’intelligence artificielle contre l’agroécologie ?

Comment la numérisation et l’intelligence artificielle risquent de compromettre les connaissances et l’autonomie des paysan.ne.s.

Un nouveau rapport intitulé Contrôle à Distance et Intelligence Paysanne - Automatisation des Décisions, Suppression des Savoirs et Transformation des Modes de Connaissance, publié par FIAN International, Les Amis de la Terre Europe et le Centre pour l’Agroécologie, l’Eau et la Résilience de l’Université de Coventry, examine les implications des technologies numériques qui s’implantent dans l’agriculture européenne. Il se concentre en particulier sur les frictions entre les nouvelles technologies numériques et l’autonomie paysanne, l’agroécologie et la souveraineté alimentaire.

Les technologies numériques sont souvent présentées comme une solution miracle pour répondre aux crises interdépendantes de l’alimentation, du climat et de la biodiversité. Bien qu’elles soient présentées par leurs promoteurs au sein des gouvernements et des entreprises comme un outil nécessaire à l’innovation et permettant de rendre les systèmes alimentaires plus efficaces et durables, la réalité est bien plus complexe.

Les technologies ne sont pas des objets muets. Leur développement, leur vente et leur utilisation sont inextricablement liés à des intérêts économiques et politiques, à des significations culturelles, et à divers savoirs et relations sociales et écologiques. Dans un contexte où l’argent, les technologies et le pouvoir sont fortement concentrés entre les mains de quelques grandes entreprises et pays, la numérisation de l’alimentation et de l’agriculture est destinée à renforcer les inégalités et les discriminations.

S’opposer à un modèle agricole technocentré

C’est ce qui se passe aujourd’hui dans l’agriculture, où les technologies bionumériques gagnent du terrain en tant que ressource essentielle pour les personnes pratiquant l’agriculture en Europe et ailleurs – et façonnent les décisions clés concernant l’alimentation et l’agriculture. Ce faisant, c’est l’essentiel que nous risquons de perdre : l’autonomie paysanne, et les précieux savoirs et modes de connaissance propres à l’agriculture paysanne et à l’agroécologie pourraient bien en effet se voir effacés au profit de processus simplistes fondés sur des données. L’intelligence dite artificielle pourrait mettre fin à l’autonomie paysanne.

Ce rapport est le résultat d’une trajectoire d’apprentissage collectif et contient des réflexions et des idées précieuses de la part de paysannes et paysans, d’éleveuses et éleveurs et d’alliés critiques. Il se veut une contribution au débat en cours au sein du mouvement européen pour la souveraineté alimentaire sur la technologie dans le contexte de l’agroécologie.

La question de savoir si un tel modèle agricole technocentrique est possible est moins importante que celle de savoir s’il est souhaitable et comment le mouvement de souveraineté alimentaire peut construire efficacement des mondes agricoles alternatifs.

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