Le Farmer Case : Hugues Falys face à TotalEnergies au tribunal
Le procès opposant Hugues Falys, agriculteur hennuyer, à TotalEnergies a débuté en trombe le 19 novembre 2025. Une semaine plus tard, la récusation d’un juge surprend tout le monde et les audiences sont reprogrammées. Ce n’est que le 26 novembre que le géant pétrolier, représenté par une équipe d’avocats aguerris, a pu présenter ses arguments. Toutefois, les critiques envers ses discours sur la transition énergétique se multiplient. Pour illustrer ce propos, les ONG qui soutiennent Hugues déroulaient une facture de 22 mètres devant le tribunal, figurant les coûts de la crise climatique attribuables aux cinq principales "Carbon Major", dont TotalEnergies fait partie. Retour sur un procès unique en Belgique.
Récusation du siège : une pause inconvenante
Le 19 novembre, devant une salle comble, Hugues et ses avocates présentaient leur arguments durant de longues heures d’efforts acharnés(voir la chronique d’Edgar Szoc sur le site du farmercase). Le 10 décembre devait être le tour des avocat·e·s de TotalEnergies. C’était sans compter la récusation du siège [1] et la suspension temporaire des plaidoiries. Après une séance dédiée à la reprogrammation du calendrier, les avocates d’Hugues ont du recommencer leur plaidoirie, devant un nouveau jury.
TotalEnergies face à la justice
Le 26 novembre, les avocats de TotalEnergies ont donc présenté leur défense, centrée sur la déresponsabilisation. Mettant d’abord en cause les lois et les consommateur·ice·s, ils ont ensuite décrété "insuffisantes", les preuves des dommages causés à la ferme d’Hugues Falys. Qualifiant la procédure de "politique" et plaidant que le tribunal ne pouvait pas se substituer au législateur. En complément, ils présentaient les éléments de la stratégie de transition énergétique de TotalEnergies comme l’une des plus avancées du secteur pétrolier actuel.
Une défense contestée
C’est oublier qu’en 2025, 96 % de sa production provient encore des énergies fossiles. La multinationale avance des plans d’expansion - 154 Nouveaux projets pétro-gaziers dont 30 qualifiés de "bombes climatiques" - notamment dans le gaz fossile liquéfié, impliquant des émissions de méthane (un gaz à effet de serre particulièrement puissant).
Les avocates d’Hugues Falys n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner cette contradiction, rappelant que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) préconise l’arrêt immédiat des investissements dans de nouveaux projets d’hydrocarbures pour respecter les engagements de 1,5 °C d’augmentation de la température mondiale.
Des enjeux humains et environnementaux colossaux
En insistant sur la responsabilité historique de TotalEnergies dans le dérèglement climatique, les avocates interrogent notamment la limite de la culpabilité imputable à un acteur comme TotalErnegies dans un système énergétique mondial, fondé sur le fossile depuis plus d’un siècle. Ce procès dépasse les simples considérations économiques et pointe par ailleurs l’inextricable lien entre droits humains et enjeux climatiques.
Les activités de TotalEnergies soulèvent en effet de sérieuses préoccupations : complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées de civils au Mozambique ; soutien au régime dictatorial de Musevi en Ouganda. TotalEnergies est aussi poursuivie par une cinquantaine de Yéménites qui l’accusent de polluer les terres et les eaux d’une région du pays. Finalement en octobre, le géant pétrolier était condamné en France pour "pratiques commerciales trompeuses".
Un coût astronomique
Le coût de cette inaction climatique ? Hugues Falys et les ONG l’estiment à 5 milles milliards d’euros. 12 zéros. Figurant au bas d’une facture géante de 22 mètres, déroulée devant le tribunal de Tournai, le jour de l’audience de TotalEnergies. L’équipe du FarmerCase souhaitait ainsi mettre en lumière les conséquences économiques et humaines des choix énergétiques actuels, attribuables aux cinq principales "Carbon Major", dont TotalEnergies fait partie. Car les décisions prises aujourd’hui, tant au tribunal que dans nos sociétés, façonnent le monde de demain. Et l’engagement de chacun·e est dès lors vital.
Des conclusions attendues
Le procès se poursuivra avec les répliques des deux parties prévues pour janvier 2026. Alors que l’attente d’une décision historique se dessine, une question demeure : les entreprises comme TotalEnergies pourront-elles être tenues responsables de leurs actes, ou continueront-elles à échapper à la lutte qui doit impérativement s’intensifier ?
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