5 août 2025
Communiqué - FIAN International

SOFI 2025 néglige les causes structurelles de la faim

Le Rapport sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI) 2025, publié à l’occasion du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires +4 (UNFSS+4), constate une légère baisse de la faim dans le monde, avec 673 millions de personnes concernées en 2024. Les améliorations concernent principalement l’Amérique latine et l’Asie, tandis que l’Afrique et les pays à faible revenu restent les régions les plus touchées par la faim dans le monde. Pour FIAN, les progrès significatifs réalisés en Amérique latine sont un bon exemple des résultats que peuvent apporter des politiques publiques fondées sur le droit à l’alimentation et à la nutrition.

La secrétaire générale de FIAN International, Ana María SUÁREZ FRANCO, souligne que la faim peut être réduite rapidement grâce à des mesures décisives.

« Le Brésil, par exemple, a réduit de plus de 80 % le nombre de personnes souffrant de pauvreté alimentaire extrême en seulement un an. La faim n’est pas une fatalité ! Le salaire minimum, les repas scolaires, les transferts monétaires aux plus démunis et les programmes d’achats publics donnant la priorité aux petits producteur·ices alimentaires peuvent rapidement et efficacement atteindre les personnes touchées. Cependant, cela nécessite une volonté politique de redistribuer les richesses », déclare Mme Suárez Franco.

Ignorer la concentration du pouvoir des entreprises

Le rapport ne traite pas des facteurs structurels de la faim : la concentration et le pouvoir des entreprises au sein des systèmes alimentaires, la spéculation financière et l’utilisation de l’alimentation comme arme. Il ignore également comment l’agro-industrie tire profit des crises et comment les États favorisent l’impunité des entreprises.

Le SOFI 2025 attribue la hausse des prix alimentaires à des « facteurs externes » tels que la COVID-19 et le changement climatique, tout en ignorant les facteurs critiques au sein du système alimentaire. Il ne mentionne notamment pas la pratique des prix abusifs pratiqués par les géants de l’agroalimentaire qui ont engrangé des profits records lors des récentes crises alimentaires, et n’aborde pas de manière adéquate la manière dont la spéculation financière des fonds spéculatifs sur les contrats à terme sur les céréales gonfle artificiellement les prix - un phénomène que le rapport qualifie à tort de simple « volatilité du marché ».

L’analyse de genre est tout aussi insuffisante, reconnaissant les disparités mais sans s’attaquer à la sous-évaluation systémique du travail domestique non rémunéré des femmes, qui soutient les systèmes alimentaires et exige reconnaissance et redistribution.

Le silence du rapport sur la domination croissante des plateformes numériques dans la refonte des systèmes alimentaires est particulièrement flagrant, alors même qu’il salue l’amélioration de la collecte de données. Il s’agit là d’un angle mort qui ignore la manière dont les monopoles technologiques accélèrent la consolidation des entreprises tout en marginalisant les petits producteur·ices. Ces omissions révèlent une tendance inquiétante à éviter de scruter les entités économiques puissantes tout en attribuant la faim à des « chocs » apolitiques plutôt qu’à des inégalités structurelles.

« Le silence du rapport sur les abus des entreprises est assourdissant », déclare Sabine PABST, responsable environnementale chez FIAN. « Il blâme le changement climatique, mais pas les entreprises agroalimentaires qui sont à l’origine de la déforestation, des monocultures et de la dégradation générale de l’environnement. En outre, il ignore le rôle essentiel joué par les marchés territoriaux dans la mise en relation des petits producteur·ices et des consommateur·ices. »

Gaza : la complicité des entreprises dans la famine utilisée comme arme

Le rapport souligne que 100 % de la population de Gaza est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë, ce qui indique une crise grave. Il note également une augmentation significative de la malnutrition chez les enfants de la ville de Gaza, où près d’un enfant sur cinq de moins de cinq ans souffre de malnutrition aiguë. Néanmoins, il omet toute référence explicite à l’utilisation de la nourriture comme arme à Gaza et à la complicité des entreprises dans le génocide.

À Gaza, plus de 95 % des terres agricoles ont été rendues inutilisables par les opérations militaires israéliennes, notamment la destruction délibérée de 71 % des serres et de 83 % des puits agricoles, tandis que les pêcheurs sont confrontés à une violence meurtrière et à une interdiction quasi totale d’accéder à la mer, ce qui entraîne l’effondrement de la production alimentaire locale et la famine comme arme contre les civils.

L’UNFSS+4 continue de détourner l’attention et l’énergie de l’ONU des mesures urgentes à prendre.

L’incapacité persistante de l’UNFSS à remédier aux déséquilibres structurels du pouvoir et à réduire le pouvoir des entreprises dans les systèmes alimentaires est évidente dans le rôle central joué par le Forum économique mondial et le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable dans l’agenda de cette année. De plus, l’UNFSS+4 ferme les yeux sur des questions cruciales telles que l’utilisation de la nourriture comme arme de guerre, l’apartheid alimentaire, la réduction drastique de l’aide publique au développement, la montée de l’autoritarisme, la criminalisation des défenseurs des droits humains et la répression des mouvements sociaux et des peuples autochtones. Au lieu de cela, les gouvernements devraient intensifier leurs efforts au sein du Comité des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale afin de mettre en œuvre son Cadre d’action en cas de crise prolongée et une série d’autres politiques qui s’attaquent aux causes structurelles des injustices actuelles liées à l’alimentation.

Revendications de la société civile omises par le SOFI 2025

Partant du principe que les États ont une obligation en matière de droit à l’alimentation, nous exigeons :

  1. qu’ils progressent vers une taxation équitable des grandes entreprises agricoles, alimentaires, financières et technologiques, en intégrant des éléments solides dans les négociations en cours sur la convention fiscale à l’Assemblée générale des Nations unies ;
  2. un engagement actif et une réglementation stricte dans le cadre du Traité des Nations unies sur les sociétés transnationales et autres entreprises commerciales en matière de droits humains négocié au Conseil des droits de l’homme des Nations unies ;
  3. faire avancer les réformes agraires redistributives, en tirant parti de l’occasion offerte par la Deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (ICARRD+20) qui se tiendra en Colombie en février 2026 et de la mise en œuvre des obligations environnementales internationales des États.

FIAN a toujours rejeté l’approche techniciste du SOFI et les fausses solutions proposées par l’UFNSS. Nous nous joignons aux mouvements sociaux pour appeler les États à soutenir les solutions proposées par les populations, notamment en soutenant fermement la transition vers l’agroécologie, en mettant fin à l’emprise des entreprises sur les Nations unies, en garantissant le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et en mettant fin à l’utilisation de la nourriture comme arme de guerre et de génocide.

Nous continuerons à faire pression pour la transition vers des systèmes alimentaires qui placent les personnes et la planète avant les profits des entreprises !



Voir la version originale de ce communiqué sur le site de fian.org (English)