Violences sexuelles dans les plantations de caoutchouc : un reportage coup de poing sur le système Socfin
Une enquête de Bloomberg révèle l’envers dramatique des plantations de caoutchouc du groupe Socfin, fournisseur de Michelin et Bridgestone. Harcèlement, coercition sexuelle, impunité : des dizaines de femmes brisent le silence. Parmi elles Florence Kroff, coordinatrice de FIAN, récapitule les dizaines d’années de combat des ONG aux côté des communautés en lutte, face aux stratégies de poursuite baîllons de SOCIFN.
“To keep your job going, you have to accept.”
« Pour garder mon travail, je devais accepter. » Ces mots, ceux de "Mamie", une ancienne travailleuse de la plantation Salala au Liberia, résonnent comme un cri d’alarme. Elle fait partie des nombreuses femmes qui témoignent dans une vaste enquête menée par Bloomberg News sur les plantations du groupe Socfin, fournisseur de caoutchouc pour les plus grands noms de l’industrie du pneu : Michelin, Bridgestone, Continental.
Un système fondé sur la peur et le silence
Le documentaire, intitulé Sex-for-Work Claims in West Africa’s Rubber Industry, s’appuie sur des mois d’enquête de terrain, des dizaines de témoignages, des audits indépendants et des données commerciales. Il révèle un système où le harcèlement sexuel, les violences sexuelles et le chantage sexuel sont monnaie courante. Les victimes sont souvent des femmes contractuelles, sans protection, payées moins de 4 dollars par jour, et réduites au silence par la peur des représailles ou de la stigmatisation.
> 💬 “When my headman said he wanted me, I said : ‘No, I have my husband.’ He replied : ‘Then I won’t assign you.’” — Rebecca, ouvrière à la plantation LAC, Liberia
> 💬 “You have to go into the bush during your shift — that’s the only way to get paid.” — Grace, ancienne travailleuse au Ghana
Des audits accablants, des promesses peu tenues
L’enquête s’appuie notamment sur les audits de la Earthworm Foundation, organisation mandatée par Socfin elle-même, qui conclut à des allégations fondées de violences sexuelles dans huit plantations au moins. Des rapports similaires ont été relevés au Cameroun, au Sierra Leone et au Libéria.
Malgré l’installation de "gender committees" ou d’affichages "No Sex for Job", les mécanismes de signalement sont largement inopérants. Les entreprises clientes, comme Nestlé ou les manufacturiers de pneus, affirment ne pas avoir eu connaissance des détails, bien que certains soient mentionnés dans les plans d’action publiés.
Des pneus en Europe, des abus en Afrique
Le reportage rappelle que le caoutchouc récolté par ces femmes se retrouve dans les pneus qui équipent nos voitures. Une chaîne d’approvisionnement mondialisée, opaque, où les violations des droits humains persistent malgré les labels de durabilité. Le caoutchouc naturel représente entre 10 % et 28 % de la composition d’un pneu de voiture.
À voir, à lire, à écouter
- Documentaire ➡️ Sex-for-Work Claims in West Africa’s Rubber Industry –Bloomberg Originals
- Article complet ➡️ Sex-for-Work Allegations Hang Over Socfin Plantations Supplying Top Tiremakers - Lire l’enquête (en anglais) sur Bloomberg.com]
- Podcast ➡️ The Big Take — Épisode spécial sur Socfin (20 min)] |
Cette enquête est bien plus qu’un reportage. C’est un appel à la responsabilité — pour les entreprises, les investisseurs, les consommateurs. Le silence n’est plus une option. 📢 Partagez. Informez. Exigez.
