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Carte blanche

Enterrons une bonne fois pour toutes le projet d’usine à frites à Frameries (et partout ailleurs!)

Journée internationale des luttes paysannes

La cadence infernale de l’industrie renforce le modèle productiviste, où seules les plus grandes exploitations parviennent à survivre. 50 % des superficies en pommes de terre sont cultivées par moins de 5 % des exploitations. Les petites fermes paysannes et familiales continuent, elles, de disparaître.

Carte blanche publiée dans La Libre Belgique le 15 avril 2021, à l’occasion de la Journée internationale des luttes paysannes.

Nous soutenons la lutte du collectif "la Nature sans Friture" contre le projet d’implantation d’une méga-usine de production de frites à Frameries. Nous demandons aux responsables politiques belges et wallons de mettre fin aux projets nuisibles de l’agrobusiness et exigeons qu’ils apportent un réel soutien à la transition agroécologique des systèmes alimentaires.

La pomme de terre et les frites sont une fierté belge et paysanne. Dans notre pays, la patate est d’ailleurs utilisée comme symbole pour célébrer la journée internationale des luttes paysannes, le 17 avril.

Agrobusiness, surproduction et accord UE-Mercosur

Malheureusement, la culture de la patate a été totalement dévoyée par l’industrie de la frite. Depuis une trentaine d’années, quelques industriels belges se sont lancés dans une course effrénée pour fournir les chaînes mondiales de supermarchés et de restauration rapide. Pendant cette période, la production de frites a décuplé. Aujourd’hui, la Belgique est le premier pays exportateur de surgelés à base de pommes de terre. Chaque année, les usines belges en produisent trois millions de tonnes, dont plus de 90% sont exportées.

Les industriels de la frite n’entendent pas s’arrêter là. Pour écouler leur surproduction, ils prospectent activement les marchés asiatiques et attendent impatiemment l’approbation des accords de libre-échange entre l’Union européenne, le Mercosur, l’Équateur, la Colombie et le Pérou. Le secteur des pommes de terre surgelées est en effet identifié comme l’un des rares secteurs de l’agroalimentaire belge qui devrait en sortir gagnant. Les paysans sud-américains, eux, manifestent déjà contre les importations massives des produits surgelés belges. Un comble quand on se souvient que la pomme de terre est originaire… d’Amérique du Sud.

La culture qui utilise le plus de pesticides

Cette surproduction de patates pour alimenter l’industrie épuise nos sols et pollue notre environnement. Pour lutter contre les maladies de la pomme de terre, l’industrie agrochimique a sorti l’artillerie lourde. En culture conventionnelle, quinze à vingt pulvérisations de produits phytosanitaires sont recommandées par récolte. En Belgique, la pomme de terre est, de très loin, la culture la plus gourmande en pesticides. A cela s’ajoute l’érosion des sols et les coulées de boue, dues aux machines de plus en plus lourdes utilisées pour ces cultures intensives. Ces coûts sont payés et subis par la collectivité pendant que l’industrie engrange les profits à court terme.

Précarité paysanne, malbouffe et exploitation

Le succès de cette industrie est bâti sur une triple précarité. La précarité paysanne tout d’abord. L’industrie impose sa loi aux producteurs à travers des contrats inégaux, qui font peser l’essentiel des risques sur ces derniers. La cadence infernale de l’industrie renforce le modèle productiviste, où seules les plus grandes exploitations parviennent à survivre. 50 % des superficies en pommes de terre sont cultivées par moins de 5 % des exploitations. Les petites fermes paysannes et familiales continuent, elles, de disparaître.

La précarité des travailleurs ensuite : horaires effrénés, travail de nuit, non-respect des mesures de sécurité, travail intérimaire, etc. Entre 2015 et 2019, une enquête [1] a recensé 2841 accidents de travail, parfois mortels, dans le secteur de la frite, soit plus de 10% des cas dans l’industrie alimentaire.

La précarité alimentaire, enfin. Loin de l’image sympathique des baraques à frites, le succès mondial des industriels repose en grande partie sur le déploiement des grandes chaînes de fast-food. Un modèle de malbouffe, qui alimente l’épidémie mondiale d’obésité et cause chaque année plus de 2,8 millions de morts d’après l’OMS [2], soit plus de morts que la Covid-19. Ce modèle s’attaque en priorité aux populations précarisées.

Ni à Frameries, ni ailleurs !

En janvier 2019, à Frameries, une réunion d’information est organisée pour les riverains de Clarebout Potatoes. L’industriel flamand, premier producteur européen, y présente son projet d’extension pour la construction d’une méga-usine. Entre 800 et 1600 camions de pommes de terre sont annoncés par jour pour une production de frite annuelle de plus d’un million de tonnes. Ce projet pharaonique méprise les droits des riverains, dont les habitations se situent à quelques dizaines de mètres du site.

Au-delà des enjeux locaux, l’avenir du modèle agricole se joue. L’arrêt des méga projets de l’agrobusiness s’impose, à Frameries et ailleurs. Ils sont le symbole d’un modèle agro-industriel dépassé qui entrave la nécessaire transition agroécologique. En Belgique, la production de pommes de terre à taille humaine et respectueuse de l’environnement existe, mais elle souffre de la concurrence de l’agrobusiness et d’un manque de soutien politique.

Il est temps que les responsables politiques respectent leurs engagements et soutiennent non plus ce modèle destructeur, mais bien "l’agriculture familiale, à taille humaine et écologiquement intensive" et "la fonction nourricière locale de l’agriculture wallonne" (art.1 du Code wallon de l’agriculture).