Rapport d’activité 2023
L’année écoulée a révélé des défis majeurs dans les systèmes alimentaires mondiaux, affectant des régions comme Gaza, le Soudan et l’Europe. Nous avons constaté l’impact des conflits, du changement climatique et de l’inflation sur la sécurité alimentaire. Ces faits mettent en exergue le rôle plus crucial que jamais de FIAN pour promouvoir des solutions basées sur les droits humains. Ensemble continuons à renforcer la solidarité, la collaboration et à soutenir une transformation alimentaire durable et équitable.
Si l’on réfléchit à l’année écoulée dans les systèmes alimentaires mondiaux, la notion d’« échec » vient rapidement à l’esprit. C’est ce que l’on constate à Gaza depuis sept mois, alors que plusieurs Rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont mis en garde contre le risque de génocide dès le mois de novembre 2023. De même, le Soudan, la République démocratique du Congo et d’autres pays sont confrontés à une insécurité alimentaire aggravée par la guerre, les conflits et l’exploitation des ressources, poussant des millions de personnes au bord de la famine. En Europe, les agriculteurs.trices sont descendu.e.s dans la rue à plusieurs reprises pour réclamer le respect, la dignité, des prix équitables, des revenus justes et des politiques adéquates. En outre, les dures réalités du changement climatique laissent des millions de personnes et de communautés paysannes dans le monde dans un état d’abandon et de désespoir, menaçant en même temps les fonctions des sols et des écosystèmes, le bien-être humain et la santé de la planète. Enfin, l’inflation élevée exacerbe les problèmes de consommation des ménages, accroît l’insécurité alimentaire et la malnutrition et rend l’alimentation saine de plus en plus inaccessible.
Cependant, il existe une distinction cruciale entre « un échec » et quelque chose qui « échoue ». L’échec est souvent perçu comme un manque de réussite ou l’incapacité à atteindre les résultats souhaités. Pourtant, comme l’écrit Alex de Waal [1] à propos de la famine, l’échec devrait également être considéré comme un verbe transitif : quelqu’un affame quelqu’un, tout comme quelqu’un échoue à l’égard de quelqu’un d’autre. Pour FIAN et d’autres organisations qui défendent le droit à l’alimentation et qui sont actives dans la société civile et en soutien aux mouvements sociaux, ce dont nous avons été témoins l’année dernière n’est pas simplement un échec, mais le résultat de politiques, d’actions et d’omissions spécifiques qui échouent, marginalisent et oppriment. Gaza en est l’illustration flagrante : Israël affame des millions de Palestiniens avec le soutien tacite d’une communauté internationale peu encline à prendre des mesures commerciales, académiques et financières adéquates, à mettre un terme aux exportations d’armes et à respecter les arrêts de la Cour internationale de justice.
Les manifestations des agriculteur·ice·s en Europe reflètent également la manière dont l’Union européenne les laisse tomber en s’accrochant aux principes du libre-échange et de la compétitivité, et à la croyance erronée que des aliments bon marché et la productivité garantiront la position de l’UE dans le système alimentaire mondial. L’inflation élevée, la pauvreté alimentaire et l’augmentation de la faim sont également liées à un système alimentaire fortement concentré et contrôlé par quelques acteurs, à l’absence de politiques effectives contre la spéculation alimentaire et aux profits démesurés faits par les actionnaires et les investisseurs, ce qui conduit à l’appauvrissement des familles et individus. Cela conduit à une absence de politiques alimentaires systémiques donnant la priorité à l’équité du travail, à l’accessibilité, à la durabilité de la production et à des chaînes d’approvisionnement plus courtes, tant sur le plan géographique qu’en termes d’intermédiaires.
L’ approche par les droits humains [2], et spécifiquement le droit à l’alimentation, révèle ainsi “qui” manque à ses obligations et souligne la nécessité de promouvoir de véritables interventions à long terme. En tant que reconnaissance ascendante du droit de chaque personne à la dignité, à l’autodétermination et à un environnement sain, le droit à l’alimentation nous guide vers la lumière au travers le brouillard de l’« échec » individuel ou sociétal et vers la réalisation d’aspirations collectives et la réalisation de droits qui soutiennent des changements systémiques tout en s’attaquant aux causes profondes des inégalités socio-environnementales. Cette vision défend la souveraineté alimentaire en tant que concept décolonial et post-capitaliste, tout en soutenant les droits humains en tant qu’obligations des États (et peut-être un jour des acteurs privés également) qui transcendent les frontières, et toujours en dialogue avec les principes de justice et de responsabilités communes mais différenciées.
En 2023, FIAN et ses partenaires ont été confrontés à des défis interconnectés et cumulés, mais elle a également mis en évidence la reconnaissance croissante du droit à l’alimentation et la nécessité d’une reconfiguration radicale des systèmes alimentaires basée sur les droits humains, les obligations internationales et les voix des travailleur.euse.s, des paysan.ne.s, des pêcheur.euse.s, des travailleur.euse.s de la santé et des processus écologiques.
Pour FIAN Belgique, 2023 a été l’année de la consolidation des réseaux de Occupons le Terrain et des Brigades d’Actions Paysannes, des victoires de plaidoyer (stop à l’exportation des pesticides interdits ; création d’un groupe de travail sur les droits des paysans ; un nouveau contrat de gestion pour BIO ; un phase out partiel des agrocarburants de 1ère génération ; etc.), d’un soutien croissant au projet de la Sécurité Sociale de l’Alimentation, ou encore de multiples échanges autour des propositions politiques élaborées pour réaliser le droit à l’alimentation en Belgique et au niveau européen et international.
La solidarité, la collaboration et la convergence sont essentielles. Guidés par le droit à l’alimentation, nous continuerons à renforcer nos alliances et nos espaces d’action, ce qui pourrait être plus crucial que jamais après les élections de juin.
En vous souhaitant une bonne lecture,
Tomaso FERRANDO (Président de FIAN Belgium)