31 juillet 2018

Noyer les violations des droits humains dans les données quantitatives

Tandis que le Forum politique de haut niveau présente les données quantitatives en tant que moyen d’atteindre les ODD, les violations des droits humains pourraient facilement être réduites au silence par les chiffres

Le Forum politique de haut niveau (FPHN) qui a débuté cette semaine s’est ouvert sur un aperçu global des progrès accomplis vers les 17 objectifs, tout en présentant les données quantitatives comme un facteur clé pour atteindre les objectifs ambitieux énoncés dans les Objectifs de développement durable (ODD). Bien quelles soient un outil important pour étayer les mesures et les interventions politiques, elles risquent également de compromettre davantage les droits humains de ceux qui sont facilement réduits au silence par les chiffres.

Certaines questions doivent être posées, telles que la façon dont les données sont collectées, ce qui est mesuré, qui les contrôlent et qui en bénéficie, ainsi que leurs limites.

Les données ne nourrissent pas la planète

L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition (SOFI), un rapport publié chaque année, est la principale référence en termes de collecte de données sur la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans le monde. Le SOFI a réformé sa méthodologie suite à l’adoption des ODD pour mieux couvrir les objectifs de développement, mais de façon insuffisante. Malgré l’introduction d’indicateurs importants, le rapport ne s’attaque pas aux causes profondes de la faim et de la malnutrition, y compris les modèles de production dominants et le rôle contesté des entreprises dans l’élaboration des habitudes alimentaires.

Au lieu d’atteindre l’objectif d’éradication de la faim préconisé dans l’ODD 2, le monde est en voie d’accroître et d’exacerber l’insécurité alimentaire. Depuis l’adoption des ODD en 2015, les taux mondiaux d’insécurité alimentaire ont augmenté – avec quelques 815 millions de personnes confrontées à la faim et à la malnutrition –et continueront à la hausse selon certaines estimations. La compréhension actuelle des causes profondes de la faim et de la malnutrition, ainsi que des solutions politiques susceptibles de soutenir les changements structurels à long terme, ne tient pas suffisamment compte des changements qui doivent intervenir.

Se concentrer sans discernement sur la collecte de données quantitatives ne peut que nous détourner de l’action très urgente nécessaire pour vaincre la faim et la malnutrition, et plus généralement les inégalités mondiales.

De quelles données avons-nous besoin ?

Donner la priorité aux données quantitatives plutôt qu’aux données qualitatives pour évaluer les progrès dans le monde pourrait aisément nuire aux connaissances et à la participation – et évaluation subjective – des gens pour faire le bilan de ces progrès. En outre, se concentrer sur ce que nous ne savons pas plutôt que sur ce que nous savons, pourrait également inciter à l’inaction. Plus important encore, cela créerait un dangereux précédent où d’énormes sociétés de gestion de données faciliteraient la capture d’informations sous l’égide des besoins de développement.

Pour aller de l’avant, le monde a besoin de données qui révèlent les causes structurelles de la faim et de la malnutrition telles que l’inégalité et la discrimination liées à la classe, au genre et à l’ethnicité, à la privation de droits, à la propriété foncière et au capital. Des données fiables doivent être utilisées dans le cadre d’un processus démocratique qui vise à remettre en question les structures de pouvoir oppressives et à renforcer la participation des personnes les plus touchées par les violations des droits humains à la prise de décisions.

Dans la perspective de l’examen de 2019, les gouvernements doivent prendre en compte les organes de surveillance de l’application des traités relatifs aux droits humains et leurs données correspondantes pour évaluer les progrès accomplis dans la réalisation des ODD.

Pour plus d’informations, veuillez contacter mattheisen[at]fian.org
Pour les questions relatives aux médias, veuillez contacter delrey[at]fian.org

Vous pouvez lire le rapport Spotlight 2018, l’évaluation indépendante la plus complète de la mise en œuvre du Programme 2030.