9 juin 2020

#Yes2Agroecology

La coopération belge au développement consacre seulement 16% de son budget dédié à l’agriculture au soutien de l’agroécologie

Un récent rapport de l’UCLouvain rédigé par Margot Vermeylen et Olivier De Schutter montre que l’agroécologie n’est pas une priorité pour la coopération belge au développement. Olivier De Schutter, professeur et rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, et ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, explique :"Bien que la coopération belge investisse des sommes considérables dans le secteur agricole des pays en développement, peu d’argent est consacré au soutien de la nécessaire transformation agroécologique des systèmes alimentaires dans le Sud."

L’étude elle-même parle d’une occasion manquée.

"Alors qu’il existe un consensus mondial croissant sur la nécessité de réformer les systèmes alimentaires pour atteindre les objectifs de développement durable, nous devons conclure que la Belgique est à la traîne" déclare François Grenade d’Iles de Paix, membre de la Coalition Contre la Faim, réseau de 20 organisations de développement belges actives dans la lutte contre la faim et la malnutrition. « Seulement 16% du budget dédié à l’agriculture soutient l’agroécologie. C’est beaucoup trop peu. »

La Coalition Contre la Faim demande donc à la Belgique de revoir profondément sa stratégie dans ce secteur et de faire de l’agroécologie une priorité pour l’agriculture et la sécurité alimentaire des pays du Sud.

L’agroécologie est l’avenir de nos systèmes alimentaires

De nombreux défis sociaux et environnementaux majeurs sont liés à la façon dont nous produisons, transformons et consommons les aliments. Plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre provient des systèmes alimentaires, qui est également responsable de 80 % de la perte de biodiversité et de la déforestation. Malgré une production alimentaire abondante, la faim et la malnutrition dans le monde augmentent. L’émergence d’épidémies comme celle du Covid-19 est liée par les scientifiques à la perte d’habitat et de biodiversité dans le monde entier. En outre, la pandémie menace de provoquer une crise alimentaire, d’une part en interrompant la production et les chaînes d’approvisionnement, et d’autre part en rendant impossible pour les personnes dont les revenus ont chuté l’accès à une alimentation adéquate.

Nous devons de toute urgence réformer nos systèmes alimentaires afin qu’ils deviennent plus résilients, socialement équitables et ne nuisent plus à la planète. Selon l’étude de l’UCLouvain, cela peut être fait en soutenant une transition agroécologique des systèmes alimentaires.

L’agroécologie applique des principes écologiques à l’agriculture afin d’optimiser les interactions entre les plantes, les animaux, les hommes et la nature, sans oublier les aspects sociaux pour rendre le système alimentaire durable et juste. L’agroécologie utilise les ressources et les connaissances disponibles localement et s’adapte très bien à la réalité de l’agriculture familiale des pays du Sud. L’agroécologie contribue à la réalisation de nombreux objectifs de développement durable. Elle permet d’augmenter la production agricole là où c’est nécessaire et contribue à lutter contre la faim, la malnutrition et la pauvreté dans les zones rurales. Elle permet également de lutter contre la dégradation de l’environnement, de réduire les gaz à effet de serre et d’adapter l’agriculture au changement climatique.

L’opportunité manquée de la coopération belge

"Sur la base des données de l’étude scientifique, nous avons pu calculer que seulement 16% de l’argent dédié à l’agriculture va à des projets qui donnent la priorité à la transformation agroécologique des systèmes alimentaires. 39% du budget est consacré à des projets qui ne soutiennent pas du tout l’agroécologie. Il y a donc beaucoup de choses à améliorer" déclare Suzy Serneels de Broederlijk Delen, membre de la Coalition contre la faim. Elle ajoute :
"Si vous analysez les flux financiers en fonction des acteurs qui réalisent les projets, vous constatez que ce sont principalement les ONG et les instituts de recherche qui font la promotion de l’agroécologie (48%). Par contre, le gouvernement et les institutions multilatérales soutiennent encore majoritairement un modèle agricole aux conséquences sociales et environnementales désastreuses. »
« La Coalition Contre la Faim exige qu’au minimum 1/3 du budget de la coopération dédié à l’agriculture soutienne l’agroécologie en 2023 » déclare Francois Grenade d’Iles de Paix. «  La Belgique peut et doit faire mieux. »
La Coalition Contre la Faim appelle le gouvernement à, au minimum, doubler la part des projets qui soutiennent la transition agroécologique des systèmes alimentaires d’ici 2023 et à devenir un leader dans la promotion de l’agroécologie au niveau européen et international.

Télécharger l’étude

Contact :
NL : Suzy Serneels, Chargée de mission Droit à l’alimentation, Broederlijk Delen, 0484 26 18 24
FR : François Grenade, chargé de recherche et plaidoyer, Iles de Paix, 0474 92 88 15
Informations supplémentaires & vidéo campagne : www.yes2agroecology.be